Créé en 2006, le triathlon EDF Alpe d'Huez fêtera sa 12e édition du 24 au 28 juillet. Dans son numéro de février, Triathlete a retenu 21 moments forts vécus (le nombre de virages de la célèbre montée) durant toutes ces éditions. Nous les développerons un à un sur ce site chaque semaine. Le point numéro 4 est le suivant : la fidélité du Team TBB à l'épreuve.

Une longue histoire d'amour unit en effet le Team TBB au triathlon EDF de l'Alpe d'Huez. Depuis la première édition en 2006, la structure dirigée par le gourou australien Brett Sutton a régné en maître sur l'épreuve chère à Cyrille Neveu.

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Nombre de ses membres figurent au palmarès : Chrissie Wellington (2007 et 2008), Nicola Spirig (2009 et 2011), Jodie Swallow devenue Cunnama récemment (2010), Mary Beth Ellis (2012 et 2013), Ritchie Nicholls (2013), Todd Skipworth (2014) et James Cunnama (2016).

Cyril Neveu connaissait Brett Sutton bien avant d'être organisateur. Le champion du monde LD 2002 l'a eu comme coach de 1992 à 1994. Dans le numéro de 2013, nous lui avions demandé d'analyser la méthode Sutton. Nous vous proposons quelques extraits de cette interview.

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Cyrille, pourquoi avais-tu choisi de collaborer avec lui ?

Je l'ai rencontré au début de la saison en France en 1992. Il est venu me voir à la fin d’une séance du club de Rennes. Il m’a dit : « si tu veux devenir professionnel, rejoins-moi en Australie. » Il m’a laissé son adresse. Je l'ai rejoint en janvier 1993. Étaient présents dans le Team Sylvain Daflon, Didier Lafarge et Béatrice Mouton. J'avais 20 ans à l'époque. Dans ce Team, il y avait également Ben Bright. C’était l'athlète protégé de Brett. L'ambiance était vraiment bonne : un grand esprit de compétition, mais aussi la volonté de tirer tout le monde vers le haut. J'en garde vraiment de très bons souvenirs. C'était le rêve pour un jeune comme moi : vivre en Australie, le pays du triathlon, et figurer dans un Team avec des athlètes pro et un coach qui te pousse vers le haut.

Quelles étaient les particularités de ses plans d'entraînement ?

A l’époque, je débutais dans le triathlon. J'ai donc appris l'entraînement de haut niveau avec Brett. J'avais juste, derrière moi, mon expérience de nageur. Beaucoup de gens pensaient que l'on faisait beaucoup d'heures avec lui. Mais en fait, mon volume ne s'élevait qu'à 20-25 h par semaine, ce qui n'est pas énorme pour un jeune de 20 ans qui ne faisait que ça. C'était très intensif. Nous n'avions quasiment jamais de jour de repos.

Certains disent que Brett est dur avec ses poulains. Est-ce vrai ?

Il était dur, si on trichait avec lui, si on faisait semblant ou que l'on ne donnait pas le maximum de ce qu'il attendait. Il savait alors nous le faire comprendre. Il vous faisait payer la moindre sortie nocturne lors de l'entraînement qui suivait. Il était au courant de tout ce qu'on faisait : il avait ses informateurs, même en France. Un soir, je suis allé faire la fête avec l'Australien Luke Bevear. Le lendemain, Brett nous a dit : vous irez à la piscine à Grenoble à vélo. Là bas, vous ferez 100 x 100 en natation. Ensuite, vous reviendrez à vélo (140 km A/R). Luke et moi avons décidé de ne faire que 60 x 100 en natation. Quand nous sommes rentrés à l'appartement, Brett nous attendait. Il savait déjà que nous n'avions pas fait tout ce qu'il avait dit. Le lendemain, il nous a descendus en voiture avec les vélos dans le coffre. Il nous a fait faire 100 x100 et nous sommes remontés à vélo.

Est-ce pour toi le meilleur coach de triathlon au monde ?

C’est sûrement un très grand coach. Je suis fier et heureux de l'avoir connu. En 1994, quand j’ai arrêté ma collaboration avec Brett, il m’a dit : « continue et tu seras champion du monde. Il ne m’avait pas précisé que ce serait en Longue Distance !!!