Le triathlon, sport de plein air par excellence, vous expose au soleil. À l'heure où la saison va entrer dans la période estivale, il est bon de connaître les méfaits du soleil et les meilleurs moyens de s'en protéger. Un rapport en ce sens a été présenté par le Dr Didier Hache, dermatologue, lors des 12e rencontres médicales de triathlon et du 1er symposium régional de triathlon organisé à Gruissan le 8 septembre dernier.

Les méfaits du soleil ne sont pas la préoccupation première du sportif. Bien au contraire, le soleil est une récompense après les longs entraînements hivernaux ; il est indissociable du plaisir ressenti à faire du sport. On peut parler d’une endorphine soleil, de son effet antidépresseur. Le bronzage renforce l’estime et l’image de soi.
Cependant, le nombre de cancers cutanés ne cesse d’augmenter. L’incidence du mélanome a été multipliée par trois en France en vingt ans. La population à risque est clairement celle qui s’expose lors des loisirs, de façon intermittente. Le sportif « outdoor » est dans ce cas de figure.
Outre la problématique des cancers cutanés, l’impact sur l’accélération du vieillissement cutané va aboutir à l’opposé de ce que recherche le sportif dans l’amélioration de son image. Y a t-il un entre-deux, une médiation non culpabilisante dans ce couple antagoniste soleil- plaisir et soleil-ennemi ? Y a t-il une voie raisonnable ?

Le rayonnement solaire
Les rayonnements qui nous concernent à la surface de la terre sont les UVA, les UVB et les infrarouges, les UVC étant arrêtés par la couche d’ozone. Il y a peu de données chiffrées quant à l’impact des trous de la couche d’ozone sur l’incidence des cancers cutanés. Quoi qu’il en soit, un retour à la normale est prévu en 2050 !
Les UVB sont les acteurs majeurs de la cancérogenèse. Ils sont filtrés par l’atmosphère. Schématiquement, plus le soleil est haut sur l’horizon, plus leur quantité augmente. Ils sont donc dépendant de la date (maxima au 21 juin, donc le 21 mai équivaut au 21 juillet, le 21 avril équivaut au 21 août à peu prés), de la latitude (un peu plus à Montpellier qu’à Lille), et de l’altitude. Une peau blanche peut prendre un coup de soleil en s’exposant 3 h en mars !
50% de la dose d’UV est reçue entre 12 h et 16 h. À 17 h, il y a dix fois moins d'UV qu'à 14 h (et inversement ).
Les UVA étaient considérés comme les bons UV, non cancérigènes. L’inverse a été démontré, et comme ils sont quantativement 100 fois plus important que les UVA, leur importance a été très nettement revue à la hausse ces dernières années. Ils sont aussi responsables du vieillissement photo-induit car ils pénètrent loin dans le derme. Ils donnent une pigmentation rapide responsable de la bonne mine de la fin de journée, mais ce sont surtout les UVB qui stimulent le bronzage.
Les UVA en cabine de bronzage ne sont pas du tout une bonne préparation de la peau aux expositions solaires car leur protection réelle est modeste. Ce faux sentiment d’être protégé incite à s’exposer beaucoup plus longtemps, avec moins de précaution.
Les infrarouges, quantativement importants, apportent essentiellement de la chaleur, dilatent les vaisseaux, font rougir mais leurs effets biologiques à long terme sont mal connus. S’exposer au soleil, c’est simplement être dehors en milieu de journée. Que l’on soit debout, que l’on court, que l’on fasse du vélo, c’est à peu près la même chose. Se protéger du soleil commence d’abord par regarder sa montre.Et ne pas oublier que la quantité d’UV n’a absolument rien à voir avec la température ambiante (ce sont les infrarouges qui apportent la chaleur). Les plus beaux coups de soleil sont observés lorsqu’il y a du vent.
Il faut surtout tenir compte de l’heure à laquelle on s’expose, en fonction de la date.

Les effets biologiques précoces

  • - l'effet calorique des infrarouges : d’abord agréable, il peut aller jusqu’au coup de chaleur.
  • - le coup de soleil : plus ou moins rapide selon son type de peau. Pour une peau claire, 7 mn suffisent sous les tropiques, 20 mn au mois de juin sous nos latitudes.
  • - la lucite estivale bénigne, qui est l’allergie solaire la plus fréquente, survient lors des premières expositions.
  • - le bronzage débute à 48 heures. Il est maximum au 20e jour : cela explique la notion classique des expositions progressives.
  • - l'épaississement cutané : la peau « se tanne ».
  • - la synthèse de la vitamine D. Contrairement aux idées reçues il faut peu de temps pour obtenir la quantité nécessaire (20 mn par jour, en t-shirt ). À une latitude donnée, les femmes ont la peau plus claire que les hommes (peut-être pour synthétiser plus de vitamine D lors des grossesses).

Les effets tardifs

  • - les effets cumulatifs : la peau garde en mémoire toutes les expositions solaires reçues au long de la vie. Selon la qualité de son bronzage, son « capital soleil », on vieillira plus ou moins vite (rides, peau de couleur jaunâtre, tâches brunes sur le visage, le décolleté, le dos des mains). En quelque sorte, le soleil accélère le temps.

À l’âge de 16 ans, on peut avoir déjà pris 50% de la dose d’UV de toute la vie. Et comme ce sont ces expositions de l’enfance qui donnent le risque de cancers cutanés à l’âge adulte, on comprend l’importance des campagnes de prévention ciblées sur ces tranches d’âge, et la valeur d’exemple des adultes, sportifs ou non.
Pour les sportifs, cela concerne donc les zones découvertes lors des entrainements, tout au long de l’année, le visage, le cou, le décolleté, le dos des mains, les jambes.
Sur ces surfaces pourront apparaître, quelques décennies plus tard, les cancers cutanés, essentiellement les carcinomes (basocellulaires, spinocellulaire) qui sont habituellement (mais pas toujours) des cancers essentiellement locaux d’évolution assez lente, en principe après 60 ans. En France, il y a 80 000 cas par an de carcinomes.

  • - les effets des expositions brutales: elles jouent un rôle majeur dans la survenue du mélanome. Celui-ci est plus fréquent sur les zones cutanées habituellement couvertes et exposées de façon irrégulière lors des loisirs, comme le dos et les épaules chez l’homme, les jambes chez la femme. Là également, on insiste beaucoup sur le rôle des coups de soleil reçus durant l’enfance. Il y a 8 000 cas de mélanome par an en France.

Statistiquement, le mélanome concerne plus un habitant de la moitié Nord de la France à peau claire, qui a un travail de bureau et des loisirs à l’extérieur ( le triathlète « bureaucrate » par exemple). Pour les sportifs pratiquant intensément, il est même discuté le rôle aggravant de l’immunodépression relative consécutive à l’entraînement qui augmenterait le risque (étude réalisée chez des marathoniens).

Comment se défendre ?
En bronzant bien sûr, mais nous ne sommes pas tous égaux. Notre bronzage est fait en part variable d’un mélange de phaeomélanine (pigment roux, clair, riche en souffre, générant des radicaux libres : le bronzage est alors une marque de souffrance de la peau) et d’eumélanine (pigment brun ou noir, seul réellement protecteur). Il n’y a quasiment pas de cancers cutanés chez les individus à peau noire.
Pour les populations « celtiques » on ne peut actuellement pas quantifier le caractère protecteur naturel d’un bronzage ( on ne peut pas évaluer la proportion de phaéo- et d’eu-mélanine). Une peau brune peut avoir un certain pourcentage de phaeomélanine et s’abîmer au soleil. La carnation, le fait de faire ou non facilement des coups de soleil, ne donnent seulement qu’une indication relative.
On estime que le bronzage d’un individu à peau claire est comparable à la protection d’une crème solaire d’Indice 4.
Une peau bronzée n'est pas protégée pour autant et doit continuer à être protégée.
Sait-on améliorer cette photoprotection naturelle?
C’est la problématique des crèmes solaires : les filtres solaires protègent, mais moins qu’on pense…
D’une part parce que les quantités appliquées sont insuffisantes. Il faut 30 g par application pour un individu de corpulence moyenne (trois cuillères à soupe), avant d’aller dehors puis à renouveler rapidement. En moyenne, on n’appliquerait que le quart de la quantité minimale nécessaire. D’autre part, les crèmes solaires protègent bien contre les UVB, moins bien contre les UVA. Une protection équilibrée entre les UVA et les UVB est très importante. Enfin, l’indice de protection est un peu théorique, calculé en laboratoire. On peut d’emblée le diviser par deux.
De plus, même en quantités correctes, la protection à long terme n’a pas été prouvée. Une étude australienne objectivait un nombre plus important de mélanomes dans les régions où l’on achetait le plus de crèmes solaires…La crème solaire supprime la sensation de brûlure et permet ainsi de rester déshabillé plus longtemps, donc augmente le temps d’exposition.
Les crèmes solaires sont utiles pour le visage, le cou, le décolleté, sans oublier le dos des mains, mais surtout pas pour rester en maillot de bain toute la journée. La seule photo-protection externe valable reste le vêtement, et encore pas trop fin (ndlr : un t-shirt fin et de couleur blanche protège autant qu’une crème solaire d’indice 8). Il faut un tissu d’épaisseur suffisante et de couleur foncée.
Les autres moyens de protection sont :

  • - les caroténoides (la pilule à bronzer), ont peut-être un effet anti-radicalaire, mais leur efficacité à long terme n’est actuellement pas prouvée.
  • - les lipides de type Oméga 3 (poissons gras, huile de colza) auraient un effet anti-inflammatoire.
  • - enfin les autobronzants ne protègent pas mais ont un impact psychologique. Si on a « bonne mine », on a moins tendance à s’exposer. Ils sont donc un bon complément de protection.