Molécule incorporée dans l’hémoglobine, le fer retient l’oxygène et le transporte des poumons vers les tissus, où il le largue, pour permettre la combustion des molécules réserves d’énergie. Cela permet de faire fonctionner les muscles et le cerveau.

Par le Dr Marc Fortier-Beaulieu

Tout est lié. Et pour comprendre, il faut attraper le système par un bout et le dérouler. Les sportifs sont obnubilés par l’hématocrite. Commençons alors par ce taux très médiatique.

Quel est le lien entre le fer et l’hématocrite ?
L’hématocrite est le rapport entre le volume des globules rouges et le volume sanguin total. Le sang est une sorte de soupe dans laquelle flottent des globules rouges. Plus il y a de globules par litre de sang, plus l’hématocrite augmente, à conditions que ces globules aient une taille normale. S’ils sont trop petits, ils baissent. S’ils sont trop gros, ils augmentent. De plus, les globules rouges peuvent contenir plus ou moins d’hémoglobine. L’hématocrite est donc un moyen très grossier de savoir si notre système de transport de l’oxygène par « chemin de fer » fonctionne au mieux ou pas. On ne devrait raisonner qu’avec le taux d’hémoglobine, et tenir compte du taux d’hémoglobine par globule. Mais aussi du taux de fer, et des indicateurs de réserve de fer.
Il y a en effet une cascade de conditions pour arriver jusqu’à la fabrication des globules rouges. La molécule d’hémoglobine est fabriquée en fonction des stocks de fer présents dans l’organisme. Si le fer manque, on fabrique moins d’hémoglobine, et des tout petits globules pauvres en hémoglobine, puis moins de globules. C’est donc en bout de course que l’hématocrite baisse, à cause d’une carence en fer. De plus, les sportifs comme les triathlètes qui pratiquent l’endurance à un niveau élevé ont naturellement un hématocrite bas, sans doute pour faciliter la circulation du sang dans les capillaires. Un cycliste avec un hématocrite à 49% désobéit aux lois de la nature (sauf exceptions, naturellement)…
Pour dépister une carence en fer, un médecin a besoin :

  • 1. De la numération des globules rouges (NFS) avec tous ses paramètres
  • 2. Du taux de fer (qui reflète le fer disponible à un moment donné)
  • 3. Du taux de ferritine (qui reflète les stocks de fer de l’organisme)

Dans l’ordre d’apparition à l’écran, les signes d’une carence en fer seront la baisse de la ferritine, puis du fer sérique, puis du taux corpusculaire en hémoglobine, puis du volume globulaire (VGM), puis de l’hémoglobine elle-même, puis de l’hématocrite.
Mais l’hématocrite peut être hypocrite ! En effet, si tous les paramètres sont bons et que seul l’hématocrite est bas, il n’y a pas de problème, pas de carence. L’hématocrite n’est jamais un témoin précoce de carence en fer.

Quelles sont les causes de carence en fer chez le sportif ?
Une histoire vraie parle mieux qu’une page de schémas. Il y a quelques années, lorsque j’étais chef de clinique en médecine interne, nous avions eu un cas caricatural de perte de fer liée à une pratique sportive inadaptée. Un coureur à pied avait un tableau de carence en fer grave. Il fallait en trouver la cause. Après recherche négative de perte gastrique (ulcère), colique (saignement d’une tumeur), d’une maladie entraînant une mauvaise absorption du fer, un interrogatoire plus poussé nous apprenait que le sportif allait tous les matins au travail en courant 1h30 à jeun, sans même boire un verre d’eau. Nous pûmes en conclure que la baisse de volume sanguin causée par la déshydratation entraînait une asphyxie du colon, qui provoquait de micro-saignements non visibles lors des examens, mais cause d’une perte de sang importante, donc de fer. Une recharge en fer par comprimés, plus le conseil de boire avant et pendant ses séances de course à pied, le sortit définitivement d’affaire.
Le cas particulier des carences de la femme mérite qu’on s’y attarde. Une femme douée de bon sens (c’est-à-dire, si elle est jeune et sportive, une femme qui a conservé ses règles), perd chaque mois du fer à cause des pertes menstruelles. Sur les résultats donnés par les laboratoires, on lit que le taux normal de ferritine de la femme est plus bas que celui de l’homme. Or c’est probablement faux, et la moyenne de taux de ferritine constatée sur la population générale n’est sans doute le reflet que d’une perte exagérée et non compensée par des mesures hygiéno diététiques adaptées. Les choses habituellement constatées ne sont pas forcément normales ! Ici aussi, l’égalité s’impose.

Comment éviter et compenser une carence en fer ?
Avant tout, il faut la prévenir. La prévention primaire est la meilleure des médecines. Hydratez vous le plus possible, avant pendant et après les efforts, avec des boissons de bonne tolérance digestive. Mangez de tout, dont de la viande rouge.
Dépistez les carences. Autant les dosages tous azimuts de minéraux divers (dont le magnésium), sont d’interprétation très difficile et peu utile pour nous triathlètes de niveau normal, autant les trois examens biologiques cités plus haut sont utiles une fois par an. C’est la prévention secondaire.
Enfin la prévention tertiaire consiste, si vous avez une carence, à rechercher les erreurs hygiéno diététiques à l’origine de la carence (errare humanum, perseverare…).
Pour prévenir une carence, ou traiter une carence mineure, la prise d’aliments riches en fer (principalement la viande rouge, le foie, le boudin), est la meilleure méthode. Si la carence est installée, de nombreux médicaments existent, dont les meilleurs sont ceux qui associent fer et vitamine C. Évitez le fer injectable, devenu d’ailleurs introuvable, sauf si vous avez une vraie intolérance digestive aux sels de fer. La correction complète d’une anémie par carence en fer se compte en mois. Donc prévenez-là.

Attention aux surcharges
Les surcharges en fer sont souvent mortelles par cirrhose. Donc, si vous confondez médecine et fournisseur de moyens artificiels de progresser sans effort, retenez au moins ceci : Prendre des suppléments de fer, si vous n’en avez pas besoin, ne vous fera pas gagner de globules, donc pas aller plus vite, et peut réellement ruiner votre santé. Cela ne sert à rien. De plus, votre bon hématocrite est celui avec lequel vous avez eu vos meilleures performances, pas celui que vous trouverez dans les livres.

(*) Marc Fortier Beaulieu est médecin, spécialiste en dermatologie. Il est aussi triathlète pratiquant, président de la section triathlon du Racin Club de France