Se protéger du froid ne se résume pas à enfiler de multiples couches de vêtements. Cela implique de bien vous nourrir et de prendre soin de votre peau.

Par Marc Fortier-Beaulieu

Lutter contre le froid du dedans ? Quelle drôle d’idée ! Les conséquences du froid sur l’organisme, et sur la peau en particulier, sont liés à des phénomènes métaboliques assez complexes. Et qui dit métabolisme dit aussi globalité. Nous devons donc nous soigner globalement, du dehors et du dedans. Sans vous assommer avec un cours de biochimie (la chimie des molécules du vivant), voici quelques notions utiles.

Pourquoi la peau est sèche et gratte l’hiver ?
Parce que nous manquons de certaines graisses de la peau, les acides gras essentiels, qui servent aussi à fabriquer les molécules qui font la régulation, l’équilibre, l’inflammation.
L’inflammation est parfois utile, par exemple pour lutter contre les infections ou pour alerter le triathlète stakhanoviste qu’il tire trop sur ses tendons. Dans ce cas, elle fait mal et agit comme un signal d’alarme. L'inflammation est parfois inutile, dans le cas de l’allergie.
L’hiver, la peau est à la fois agressée par le froid sec et desséchée par ce même facteur climatique. Tout concourt à aggraver les choses. Elle va donc avoir besoin de plus de ces graisses utiles. Elle est carencée. La carence en ces acides gras utiles va entraîner en réaction une production excessive de molécules de l’inflammation dans la peau, d’où les démangeaisons, les plaques comme de l’eczéma, la peau qui se « dépiche ».

En quoi ces graisses sont elles utiles ?
Les acides gras sont entre autres les composants des membranes des cellules, un peu comme les bulles de gras, les yeux à la surface du bouillon. Il y a des bons acides gras dit insaturés, fluides et complexes, et de mauvais acides gras, les saturés, qui sont les plus simples, genre margarine. Les meilleurs acides gras sont ceux dont la configuration chimique leur donne le nom d’Oméga 3 et Oméga 6, et qui sont des acides gras dits « essentiels ». Essentiels, cela veut dire que notre corps en a besoin pour fonctionner, mais qu’il ne peut les fabriquer lui même. C’est comme les vitamines. Un apport extérieur est donc nécessaire.
Quand nos membranes cellulaires sont fabriquées avec des acides gras saturés, simples mais rigides (comme la margarine !), elles perdent leur souplesse, leurs compétences, et ne permettent plus de bons échanges entre la cellule et son environnement (nutrition de la cellule, élimination des production de la cellule telles que des hormones et des facteurs sanguins). Elles fonctionnent beaucoup moins bien.

Comment bien s’alimenter l’hiver ?
Tous ces acides gras sont apportés par notre alimentation. Celle des esquimaux est tout à fait adaptée à leur milieu de vie. Ils mangent des poissons dits gras, riches en acides gras Oméga 3. Notre alimentation est souvent plus riche en Oméga 6 qu’en Oméga 3. Les Oméga 6 sont très utiles, mais qui ne fonctionnent que si l’apport parallèle en Oméga 3 est suffisant. Il va falloir équilibrer notre alimentation.

Les sources d’Oméga 3 : Les poissons gras vivant en eaux froides sont riches en EPA (acide éicosapentaènoïque) et DHA (acide docosahexaénoïque). Retenez bien ces noms !. Ce sont principalement le saumon (surtout sauvage car l’alimentation du saumon d’élevage perturbe leur métabolisme), le hareng, le maquereau, les anchois et les sardines. Ces poissons contiennent environ sept fois plus d'Oméga 3 que d'Oméga 6, ce qui est bon. Les poissons ne fabriquent pas eux-mêmes les acides gras : ils les assimilent à partir de leur nourriture, les algues (ce qui explique que les poissons d'élevage contiennent moins d'Oméga 3).Les autres sources sont l’huile de germe de blé, les noix qui apportent également beaucoup d'Oméga 3, les légumes verts à feuilles (mâche, chou, laitue).

Les ources d’oméga 6 : Les Oméga 6 doivent être consommés avec des Oméga 3, pour être bénéfiques car leurs effets biologiques dépendent de la proportion de chacun d’eux. Les plus utiles sont l’acide linoléique, (le plus petit, précurseur des autres), l’acide gamma linolènique, et l’acide arachidonique : tous doivent faire partie de nos apports.
L'acide linoléique se trouve dans l'huile de pépins de raisin (elle se trouve en magasin, et serait la meilleure de toutes pour la santé), de tournesol, de germe de blé, de maïs, de noix, et dans les huiles végétales en général. L'acide arachidonique se trouve dans les viandes. L'acide docosapentaénoïque se trouve dans certains poissons et abats.

Combattre le froid extérieur
Les vêtements adaptés, sont principalement les multicouches. Ils doivent créer un espace d’air chaud entre la peau et l’extérieur (d’où l’utilisation des fourrures autrefois). De nouveaux concepts apparaissent qui utilisent l’humidité de la transpiration pour faire du chaud. L’humidité de la peau lors de la transpiration n’est pas si mauvaise !
Les crèmes sont utiles. Il en existe des dizaines, dont les crèmes barrière (Exoméga Crème Barrière de Aderma, riche en Acides Gras Oméga 3 et 6, et Barriéderm de Uriage). D’autres sont classiques, à base de vaseline et glycérine, comme Ichtyane. Enfin traditionnellement, on utilisait la Cold Cream, à base de cire d’abeille… Disons qu’elle est un peu poisseuse pour un usage quotidien, mais pour ceux qui veulent faire le fameux Longue Distance Norseman en Norvège, c’est à voir.
L’hygiène adaptée est capitale. Pas de gels douches décapants qui moussent à foison. Il faut utiliser des huiles de douche (Eucérin ou Aderma par exemple) qui vous lavent sans vous décaper. Sous la douche à la piscine, n’hésitez pas à vous tartiner d’huile corporelle comme Oléatum de Stieffel, dont vous rincerez l’excès en fin de douche. C’est une manière pas trop désagréable de recharger sa peau en corps gras sans se retrouver tout collant.

En résumé
Mangez du poisson gras (du saumon sauvage pour les fêtes !), des huiles bien choisies, des fruits secs, ne vous décapez pas la peau et mettez des crèmes dites hydratantes.

* Marc Fortier-Beaulieu est médecin, spécialisé en dermathologie. Il est aussi président du Lagardère Paris Racing et triathlète pratiquant.