C’est un mal assez peu répandu dans le triathlon. La pubalgie peut toutefois vous frapper. Autant savoir pourquoi et comment la prévenir.

Par Marc Fortier-Beaulieu (*)

Nous vous avons expliqué plusieurs fois qu’il faut bien distinguer les douleurs et inflammations d’origine musculaire des douleurs articulaires ou des douleurs tendineuses. Nous allons tout embrouiller avec une pathologie qui concerne plus une région que l’un ou l’autre de ces éléments de l’anatomie.

L’ORIGINE DU MAL
Ce qu’on appelle pubalgie concerne plusieurs parties de la région pubienne, c’est-à-dire de la région souvent très poilue qui est située sur l’os du bassin. Cette région est en bas de la paroi de l’abdomen et au-dessus de la région génitale. Il s’agit d’un carrefour où de nombreuses tensions et contraintes s’exercent : les muscles de la paroi abdominale (les grands droits, qui font les tablettes de chocolat), les muscles droits antérieurs (partie centrale du quadriceps, le gros muscle devant la cuisse, qui est attaché par un gros tendon sur le bassin), les adducteurs (muscles qui permettent de rapprocher les deux cuisses), insérés sur le fémur et le bassin). Il s’agit aussi d’une articulation, entre les deux moitiés du bassin, qui est peu mobile mais très sollicitée : la symphyse pubienne. Cette symphyse est très peu mobile… Sauf chez la femme, afin de permettre l’accouchement, qui nécessite un élargissement du bassin.
Est-ce pour cela que les femmes ne présentent presque jamais de pubalgie ? Darwin seul le sait !
On peut donc avoir mal pour plusieurs raisons très différentes :
Les tendinites
Les tendinites des adducteurs concernent plus les footballeurs que nous autres triathlètes. La natation en brasse sollicite les adducteurs mais nous ne sommes pas non plus très concernés.
Les tendinites des grands droits du quadriceps sont par contre assez fréquentes et très douloureuses. Comme la douleur est située devant la hanche, il ne faut pas les confondre avec des douleurs de cette articulation ou une fracture de fatigue du fémur. Des radiographies puis une échographie peuvent faire la différence, qui n’est pas toujours aisée à l’examen clinique.
Les muscles
Les douleurs de la paroi musculaire sont différentes car elles se situent en plein dans le muscle et non pas à son extrémité.
Les articulations
Les douleurs purement articulaires de la symphyse pubienne sont rares. Certains font de la pubalgie un tout, qui est lié à un déséquilibre global des tensions musculaires autour de cette articulation sommaire qui n’est faite que d’un gros tendon entre deux gros os. D’où les propositions de traitement par rééquilibrage des mouvements et forces qui s’exercent sur la région.

COMMENT TRAITER LA PUBALGIE ?
Même si la complexité de tout cela vous est apparue évidente, le traitement n’est pas nécessairement aussi complexe. Il va reposer sur le rétablissement des équilibres entre ces os, tendons et articulations.
Avez vous une jambe plus courte que l’autre ? Dans ce cas une semelle peut être utile.
Avez vous des appuis asymétriques en course à pied ? Un bilan de podologie dynamique est alors indispensable.
Nagez-vous en deux temps et donc en boitant ? Dans ce cas essayez de nager trois temps (ou deux fois deux et une fois trois). Faites des éducatifs équilibrants.
Vos cales de vélo sont-elles déréglées ? Usées ? Votre cadre est-il à votre taille ? Regardez vos genoux et leur mouvement lors du pédalage. Demandez conseil à votre vélociste.
Avez-vous une bonne paroi abdominale ? Le gainage (hors des périodes douloureuses) est indispensable à la pratique du triathlon.
Pratiquez vous des sports asymétriques comme le football ou le tennis ? Laissez tomber et consacrez vous à une vraie passion, saine et équilibrante, le triathlon, sport symétrique non traumatique !

(*) Marc Fortier-Beaulieu est docteur en médecine, spécialiste en dermatologie. Il est aussi triathlète pratiquant, et président de la section triathlon du Racing Club de France