Ignorance des comportements à risque, négligence vis-à-vis des symptômes suspects, insuffisance des visites médicales. À l’occasion d’une de ses études, le club des cardiologues du sport a mis à jour des facteurs inquiétants des accidents cardio-vasculaires. Il a donc lancé une campagne de sensibilisation. Un de ses membres, le Dr Laurent Chevalier (marathonien), vous explique pourquoi vous devez prendre soin de vous.

Sur le principe, les triathlètes sont exposés aux accidents cardiaques. Ils pratiquent trois sports à risque d’un point de vue cardio-vasculaire.
Inévitablement, dans le futur, il y aura des accidents dans cette discipline, surtout sur les épreuves promotionnelles (Découverte) disputées par des gens qui ne sont pas bien, voire pas du tout préparés.

Bien sûr, il est parfaitement démontré et indéniable qu’une activité physique régulière pratiquée dans de bonnes conditions a un effet bénéfique majeur sur la santé, en particulier sur les maladies cardiovasculaires. Pourtant, les accidents cardio-vasculaires graves survenant à l’effort n’épargnent pas les sportifs, même de haut niveau. Les sujets peu entraînés et/ou plus âgés semblent les plus exposés.

Le corps médical ne dispose que de très peu de données scientifiques objectives sur ce problème. Dans les vingt-deux dernières années, seuls trois travaux d’envergure méthodologiquement solides ont fait l’objet de publication dans la littérature scientifique internationale. Leurs résultats sont cependant partiels puisqu’ils portent sur des tranches d’âge particulières et sur des populations différentes (deux études américaines et une italienne) de la réalité française des années 2000. Quelques travaux scientifiques sur la population générale sont en cours dans l’hexagone. L’un d’entre eux, réalisé par le club des cardiologues du sport, souligne l’ampleur actuelle du problème en termes de santé publique.

Le sport ne provoque pas de maladie cardiovasculaire mais peut la révéler, d’où l’importance d’une bonne prévention. Notre expérience de cardiologues de terrain, au contact des pratiquants de tout niveau, nous a permis de constater que nombre d’accidents graves pourraient être évités si ces sportifs respectaient quelques règles élémentaires de prudence ou consultaient dès l’apparition de symptômes d’efforts prémonitoires. Les travaux réalisés par le club des cardiologues du sport révèlent quelques insuffisances dans les bilans médicaux de non contre-indication, une ignorance des comportements à risque et une négligence vis a vis des symptômes suspects au sein de la population sportive.

L’étude menée par le club des cardiologues du sport visait à recenser et à préciser les causes et les circonstances de survenue des accidents cardio-vasculaires à l’effort sur une population régionale en âge de faire du sport. Elle a recensé tous les accidents cardio-vasculaires survenus entre mars 2005 et février 2006 pendant ou dans l’heure suivant l’activité sportive dans les départements de Gironde, des Landes et des Pyrénées-Atlantiques. 127 accidents ayant généré 79 hospitalisations ont été enregistrés.

La population sportive concernée était surtout masculine (81,1%) avec un âge moyen de 45,5 ans. La course à pied, la natation et le cyclisme étaient les sports les plus concernés. Il est difficile d’expliquer précisément pourquoi. Une des hypothèses est que ces sports se caractérisent par des sollicitations soutenues, sans période de récupération. Mis à part un décès en piscine d’un adolescent de 15 ans (licencié dans un club), les accidents de natation se sont produits en mer. La température froide et les efforts plus importants dans les vagues peuvent expliquer cette prédominance des incidents en mer.

Les motifs d’appel recensés lors de l’étude ont été une lipothymie/syncope (malaise sans ou avec perte de connaissance : 58 %), une précordialgie (oppression de la cage thoracique : 38.4 %), une arythmie (3.6 %). Les diagnostics établis ont été l’infarctus du myocarde (47), la tachyarythmie (palpitations irrégulières et rapide : 29), l’angor (oppression, brûlure, barre : 9), les accidents de plongée (5), les poussées hypertensives (3), l’embolie pulmonaire (1) et l’hémorragie méningée (1). Au total 34 décès (42,7 ans de moyenne d’âge, 94,1 % d’hommes) ont été constatés dont 31 avant hospitalisation. L’analyse en fonction des tranches d’âge montre une prévalence des accidents nettement prédominante entre 30 et 50 ans.

Ces données prospectives confirment la place majeure de la maladie coronaire dans les accidents cardiovasculaires survenant lors de la pratique sportive. Ces accidents, mortels dans 27 % des cas, touchent le plus souvent des hommes encore jeunes. Ces résultats soulignent la nécessité d’améliorer l’efficacité de la prévention dans ce domaine.

Les bilans médicaux se révèlent insuffisants. Pour les patients, il s’agit d’une corvée. Quant aux médecins, ils ne sont pas souvent sensibilisés au problème. Pour d’évidentes raisons budgétaires, les sportifs ne peuvent pas subir, contrairement aux athlètes sur la liste de haut niveau, un électro-cardiogramme tous les deux ans, un test d’efforts tous les trois ans et une écho-cardiographie avant l’âge de 20 ans. Mais selon les recommandations officielles, le minimum est de passer un électrocardiogramme de repos tous les 2 ans à partir de l’âge de 12 ans et une épreuve d’effort tous les cinq ans pour les hommes à partir de 35 ans et pour les femmes à partir de 45 ans (car elles sont protégées par leurs hormones auparavant). Comment réduire le nombre d’accidents cardio-vasculaires ? De trois façons.

1. En rendant les bilans médicaux plus performants.
2. En améliorant la prise en charge, notamment en formant les gens aux manœuvres de base de secourisme : en effet, en cas d’accident cardio-vasculaire, tout se joue dans les trois premières minutes.
3. Enfin, en sensibilisant la population sportive qui méconnaît les comportements à risques et ne signale pas les anomalies Dans ce domaine, mieux vaut prévenir que guérir…d’où l’importance des règles d’or

10 règles d’or

Ces recommandations sont édictées par le club des cardiologues du sport

  1. Je respecte toujours un échauffement et une récupération de 10 min lors de mes activités sportives.
  2. Je bois trois à quatre gorgées d’eau toutes les 30 minutes d’exercice à l’entraînement comme en compétition.
  3. J’évite les activités intenses par des températures extérieures par – 5° ou +30°
  4. Je ne fume jamais 1 heure avant ni 2 heures après une pratique sportive.
  5. Je ne prends pas de douche froide dans les 15 minutes qui suivent l’effort.
  6. Je ne fais pas de sport intense si j’ai de la fièvre, ni dans les huit jours qui suivent un épisode grippal (fièvre + courbatures).
  7. Je pratique un bilan médical avant de reprendre une activité sportive intense si j’ai plus de 35 ans pour les hommes et 45 ans pour les femmes
  8. Je signale à mon médecin toute douleur dans la poitrine ou essoufflement anormal survenant à l’effort *
  9. Je signale à mon médecin toute palpitation cardiaque survenant à l’effort ou juste après l’effort *
  10. Je signale à mon médecin tout malaise survenant à l’effort ou juste après l’effort *
  • Quels que soient mon âge, mes niveaux d’entraînement et de performance, ou les résultats d’un précédent bilan cardiologique