L’eau est un terrain d’entraînement et de compétition. Elle est souvent l’ami du triathlète mais peut être quelquefois son ennemi. Quelles maladies peut-elle déclencher ? Quelles blessures peut-elle provoquer ? Réponses.

Par Marc Fortier Beaulieu (*)

LES MALADIES Les verrues
Elles sont la terreur (injustifiée) de pas mal de triathlètes. Il est vrai que le virus se plait dans les flaques d’eau où des porteurs de verrues ont marché donc sur les bords et dans les vestiaires des piscines. Mais il faut relativiser la gravité de cette pathologie. Elle est due à des papillomavirus dont on guérit spontanément. Mais le temps pour la peau de se débarrasser d’une verrue plantaire épaisse est long. Cela s’explique par le fait que la couche cornée des pieds est épaisse. Le temps de guérison est surtout très long quand on le compare avec celui nécessaire pour les verrues aux mains (deux à trois mois). D’où le succès des traitements inutiles et des guérisseurs guérisseuses. Que faire si vous avez des verrues ? - Aux mains : attendez deux à trois mois… Passé ce délai consultez.

- Aux pieds : si les verrues ne vous gênent pas et ne vous font pas mal, laissez tomber. Si vous ne supportez pas l’idée d’en avoir, prenez votre mal en patience car le traitement sera long (séances d’azote liquide tous les mois pendant… un certain nombre de mois). Évitez les traitements agressifs (laser, chirurgie) qui vont vous obliger à quatre à six semaines de pansements, et sont grevés de 30% de récidive.

Et ne faites pas la chasse aux porteurs de verrues. La plupart de la contamination se fait par des porteurs sains, qui ont le virus dans la peau sans que cela se voie. Mieux vaut pour la santé nager que de se priver de natation pour une affection bénigne. Portez des claquettes, cela peut aider. Les mycoses Encore un souci récurrent et un problème écologique. Les champignons au doux nom d’épidermophyton floccosum ou de trichophyton mentagrophytes (ce ne sont pas les plus fréquents, rassurez-vous), aiment aussi les sols humides des piscines. Ils donnent en général une atteinte du quatrième espace interdigital (entre quatrième et cinquième orteil), sous forme d’une fissure parfois douloureuse. Le traitement local est toujours efficace mais la récidive fréquente… Et parfois l’atteinte des ongles vient rendre nécessaire un traitement en comprimés. Mais là aussi, pas de précipitation. Un prélèvement mycologique (peu de labos les font correctement) est utile car le traitement est long et les erreurs de diagnostic faciles sur les ongles maltraités de coureurs de fond. Pas de traitement sans certitude !

Le granulome Il se manifeste rarement dans les piscines. Je ne vous en parle que pour étaler ma science. Le dessèchement cutané Voilà un vrai problème, en particulier l’hiver. La solution est d’utiliser des gels douche non décapants. Et aussi d’utiliser des crèmes (après ou avant la séance) car certaines protègent la peau comme l’Exoméga Crème Barrière. L’allergie à l’eau Cela n’existe pas en tant que tel (nous sommes composés de plus de 60% d’eau). En revanche, nez, gorge, oreilles et bronches sont souvent agressés par les chloramines. Ces molécules formées par la réaction du chlore sur la kératine de la peau sont très irritantes pour les muqueuses. Et elles sont peut-être la principale cause de l’asthme (si fréquente chez les nageurs). Pour éviter cela, une seule chose à faire : la douche avant d’entrer dans l’eau. D’ailleurs, normalement c’est obligatoire !

LES BLESSURES Les épaules sont les plus atteintes. Soit par tendinite, soit dans les suites de traumatisme (traumatisme de l’épaule après une chute à vélo). En fin de compte, peu de gros problèmes car la natation est un sport porté et amorti. On pourrait même dire que la natation évite pas mal de blessures et qu’elle les cicatrise par son action tout en souplesse. Mais l’usage immodéré (et parfois carrément ridicule) que les triathlètes font des plaquettes surdimensionnées est une source de blessures. Si vous n’avez pas une technique parfaite, utilisez de petites plaquettes.

Voilà, vous savez tout désormais sur les dégâts que l’eau peut provoquer chez le sportif. Si vous prenez toutes les précautions requises, vous les éviterez facilement.

(*) Marc Fortier-Beaulieu est docteur en médecine, spécialiste en dermatologie. Il est aussi triathlète pratiquant, et président de la section triathlon du Racing Club de France