Qui n’a jamais eu d’ampoules sur un triathlon ? Cela semble une blessure inévitable. Il y a pourtant des astuces pour la prévenir. Quand elle survient, il existe des moyens de la soigner.

Par le Dr Marc Fortier-Beaulieu

Définition
L’ampoule est l’accumulation de liquide dans la peau, plus précisément entre épiderme superficiel et profond, plus rarement entre derme et épiderme. En langage dermatologique, on appelle ça des bulles pour les différencier des vésicules (qui sont aussi des cavités remplies de liquide mais de plus petite taille, comme celles de l’eczéma).
Anatomie de la peau
La peau est constituée de deux parties. L’épiderme est l’enveloppe de surface, qui en assure l’étanchéité, dans les deux sens. D’une part sans épiderme, nous fuirions de partout et toute l’eau du corps en sortirait. Nous dessècherions. De l’autre, n’importe quoi pourrait entrer dans notre organisme. C’est une sorte de membrane. En cas d’ampoule, il y a une fuite localisée du liquide du derme qui s’accumule sous la membrane d’épiderme. Le derme est ce qui assure la solidité. C’est un tissus fibreux dont l’épaisseur est variable (très épais sur le dos, très fin sur les paupières et… sur la paumes et les plantes !). Situé plus en profondeur, il forme le cuir. En cas de chute, l’épiderme est arraché et le derme résiste le plus souvent bien.
Un peu de médecine
Les ampoules classiques sont favorisées par diverses sortes de traumatismes. Soit par des brûlures thermiques (feu, liquide, etc), ou chimiques (acides, caustiques divers), soit par des traumatismes physiques (frottements, points de pression excessifs). Les ampoules sont des brûlures du premier degré. C’est-à-dire qu’elles n’atteignent en général pas le derme.
Elles sont initialement douloureuses parce que le liquide qu’elles contiennent est sous pression. Une fois vidées par vous-même ou parce que l’ampoule a crevé, vos aurez moins mal, mais encore un peu car les terminaisons nerveuses de la peau sont mises à vif et que l’inflammation locale les stimule.
Les ampoules se produisent souvent sur les paumes et les plantes, pas seulement parce que ce sont des zones de frottement mais parce que la peau y a une structure particulière, avec très peu de derme, un épiderme très épai, et une grande richesse en glandes sudoripares (qui font la sueur et permettent une meilleure accroche de la peau des plantes sur le sol ou les chaussures, et des paumes sur le cintre).
Surinfection
L’un des risques des ampoules et de favoriser les surinfections. Comme on le disait plus haut, la fonction de protection de la peau est assurée par l’épiderme. Quand une ampoule se forme, il y a rupture de cette barrière et risque que les bactéries pénètrent dans la peau. Le risque est local, mais parfois une infection peut se généraliser. L’antisepsie des ampoules ouvertes est donc de règle.
Les cas rares
Il existe des maladies rares, dites « maladies bulleuses » où la peau est fragilisée par un manque de constituants d’ancrage. Ces maladies sont souvent présentes dès la naissance, parfois très graves, parfois moins comme le « pemphigus des conscrits », maladie qui se traduisait autrefois par l’apparition de cloques systématiques lors de marches prolongées (donc lors du service militaire !). Ces maladies sont familiales et on trouve de nombreux cas dans une même famille. Dans d’autres cas c’est l’immunité de la peau qui est malade et qui détruit les systèmes d’ancrage, favorisant l’apparition des ampoules. Ces cas sont rares mais si vous avez des ampoules de façon excessives, ou qu’elles apparaissent tout à coup alors que vous n’en aviez pas, consultez.
Traitement
Préventif : ce sont des mesures bien connues, sauf des débutants.
Le choix des chaussures est essentiel : pas de coutures saillantes, pas de point de pression douloureux lors du laçage, choses que vous pouvez choisir dès l’achat. Prenez une pointure de plus si vous faites du Long, car vos pieds vont gonfler lors de l’effort. Les chaussures de compétition, les plus légères, sont souvent faites pour être portées sans chaussettes, ce qui n’est pas le cas des chaussures d’entraînement ou mixtes (entraînement - compétition). Vous devez connaître votre fragilité vis-à-vis des ampoules pour savoir si le port de chaussettes en compétition vous est utile ou non. Autant le choix de ne pas en mettre pour 5 km ou 10 km se discute, autant dès 20 km la prudence est d’en mettre car la douleur des ampoules vous fera perdre plus de temps que l’enfilage de chaussettes. Les crèmes et talcs sont à essayer. Le plus important est d’avoir essayé et « fait » les chaussures à vos pieds par un usage préalable à l’entraînement.
Si vous êtes sujet à des ampoules très fréquentes, essayez le tannage, avec de l’Alun (chlorhydrate d’aluminium). C’est un truc de navigateurs. Soit vous trouvez de l’Alun en poudre à diluer dans l’eau et vous fautes tremper vos paumes et vos plantes (pas trop concentré). Soit vous achetez une pierre d’Alun en pharmacie et vous la passez une fois mouillée sur les paumes et plantes. Soit encore vous appliquez des produits anti-transpirant à base d’alun, comme le Driclor, ou encore à base de Formol comme l’Ephydrol. Curatif : Il est utile de percer les ampoules, et même de faire deux trous. Une aiguille stérile est la seule chose à utiliser.
Une fois percé, appliquez les pansements hydrocolloïdes bien connus (Compeed°), ou achetez si vous avez souvent des ampoules de l’Hydrocoll° 5x5 en plaques à 7,24 euros la boîte de 10, qui vous permettra de traiter 20 ampoules en les coupant en deux. Laissez les en place jusqu’à ce qu’ils tombent. La sédation de la douleur est immédiate. Cicatrisation en quelques jours.
Si l’ampoule est arrachée, appliquez matin et soir un antiseptique de votre choix, à base de Chlorexidine plutôt que les colorants inefficaces comme l’éosine, ou efficace comme la Bétadine° mais qui tache définitivement les chaussettes blanches.