La prise de compléments alimentaires n'est pas forcément nécessaire. Si vous
y recourez, quels produits devez-vous prendre ? À quelle dose ?
Quelles précautions devez-vous observer ? Réponses.
Par Jean-Baptiste Wiroth www.wts.fr
Selon la directive européenne en vigueur, les compléments alimentaires sont
« des denrées alimentaires dont le but est de compléter le régime
alimentaire normal, et qui constituent une source concentrée de nutriments, ou
d’autres substances ayant un effet nutritionnel ou physiologique, seuls ou
combinés, commercialisés sous forme de doses ». Les complément ne peuvent donc
pas se substituer à une alimentation diversifiée, saine et équilibrée.
Actuellement, parmi la multitude de compléments nutritionnels présents sur le
marché, les produits dignes d’intérêt pour les compétiteurs sont, selon nous,
les multivitamines, les acides aminés essentiels, les acides gras essentiels et
le ginseng. Dans la très importante famille des compléments supposés ergogènes,
la caféine et la créatine sont les seules substances à avoir montré un intérêt
dans la performance sportive.
Un certain nombre de préjugés positifs ou négatifs existent néanmoins vis-à-vis
de ces molécules. Aussi, nous allons tenter de faire le point sur ce thème,
même si le consensus scientifique n’est pas toujours clairement
établi.
Les cocktails multi-vitamines/multi-minéraux
Ces produits présentent un intérêt potentiel dans deux cas de figure
précis : en situation de déséquilibre nutritionnel avérés et/ou en cas de
très forte charge d’entraînement. Le principal avantage de ces cocktails réside
dans leur simplicité d’utilisation : quelques comprimés suffisent à
compléter les apports nutritionnels classiques. De nombreux spécialistes
émettent toutefois des réserves quand à la réelle biodisponibilité des
vitamines et des minéraux présents dans ces compléments.
En pratique pour couvrir vos besoins en vitamines et minéraux, vous devez
consommer quotidiennement dix fruits et légumes différents en variant au
maximum et en privilégiant les produits de saison ainsi que des fruits et des
légumes secs.
Les acides gras oméga-3
Les acides gras oméga-3 sont principalement présents dans les poissons gras
d’eau froide (maquereau, sardine, saumon, hareng) et dans certains végétaux
(graines de lin, noix, huile de colza). Chez l’adulte, l’apport conseillé est
de 1,4 à 4,7 grammes par jour soit 0,5 à 1 % de l’apport énergétique total
quotidien.
À dose physiologique, les acides gras oméga-3 ont de très nombreux effets
bénéfiques :
- - structuration des membranes cellulaires (cellules musculaires, cellules nerveuses…)
- - fluidité sanguine (déformabilité des globules rouges)
- - efficience du système immunitaire
- - diminution des réponses inflammatoires
Comme le reste de la population, la très grande majorité des sportifs sont
carencés en acides gras oméga-3, du fait d’une alimentation de faible densité
nutritionnelle. En pratique, pour couvrir vos besoins acides gras omégas-3,
vous devez consommer un mélange 50% huile de colza / 50% huile d’olive, à
raison de deux cuillères à soupe par jour (mélange à ne pas faire cuire). Vous
devez aussi prendre régulièrement des graines de lin et des noix et deux à
trois fois pas semaine des poissons gras (maquereau, sardine, saumon, harengs).
Si les conseils précédemment mentionnés sont compliquées à mettre en oeuvre,
prendre deux gélules d’oméga 3 le soir au dîner (1 jour sur 2).
Les acides aminés essentiels
Les acides aminés ramifiés (AAR ou BCAA en anglais) et la glutamine sont les
acides aminés essentiels les plus intéressants pour les sportifs. Les AAR
(leucine, isoleucine, valine) stimulent la synthèse musculaire
post-entraînement et contribuent à l’apport énergétique lors d’efforts intenses
de longue durée (supérieurs à 4 h) par le mécanisme de la néo-glucogénèse. La
glutamine contribue à soutenir le système immunitaire lors des phases de
surcharge d’entraînement. Lorsque le taux de glutamine chute, l’organisme est
beaucoup plus sensible aux infections. Ce phénomène s’explique par le fait que
la glutamine joue un rôle important dans l’entretien de la paroi intestinale
(qui est une véritable barrière contre les microbes) et dans la synthèse des
globules blancs (lesquels sont au cœur des mécanismes immunitaires).
En pratique :
- - consommer des AAR et de la glutamine avant et après chaque effort épuisant (séance « lourde », compétition).
- - faire une cure d’AAR et de glutamine lors de tout phase de surcharge d’entraînement en deux prises quotidiennes (matin et soir).
La créatine
Bien que sa réputation soit sulfureuse, la créatine est considérée par de
nombreux physiologistes comme une substance ergogène et non un produit dopant.
En effet, la créatine permettrait de générer un surcroît de travail musculaire
sans modification du potentiel de base du sportif. Sur le plan thérapeutique,
la créatine semble être une molécule prometteuse pour nombre de malades
atteints de pathologies neurologiques ou musculaires.
La créatine est un complexe d’acides aminés (arginine, méthionine, glycine) qui
est présent dans la quasi-totalité des tissus de l’organisme. Cependant, c’est
au niveau du foie et des muscles que les concentrations sont les plus élevées.
La viande est la principale source alimentaire de créatine. Il faudrait
cependant en consommer des quantités supra-physiologiques pour espérer voir les
concentrations intra-musculaires augmenter.
De très nombreuses études scientifiques (près de 900 recensées sur PubMed) ont
été menées pour tester les effets de la créatine. Concernant l’effet ergogène
de la molécule, l’unanimité n’est pas vraiment faite, probablement en raison du
fait que le gain potentiel est modeste (moins de 5%). Parmi les effets positifs
rapportés, on note essentiellement une augmentation de la puissance et de la
capacité de travail lors d’efforts maximaux de très courte durée (moins de 10
secondes). Ce résultat pourrait intéresser les spécialistes de triathlon sprint
ou CD avec drafting, pour mieux négocier les variations de rythme lors de la
partie cycliste. Quant aux efforts d’endurance, le seul effet positif rapporté
dans la littérature scientifique serait lié une à capacité de stockage du
glycogène accrue suite à la supplémentation en créatine.
Au rang des inconvénients, outre le prix élevé de la molécule, la créatine peut
entraîner une rétention d’eau et des problèmes digestifs (douleurs abdominales,
diarrhées). Le pseudo effet anabolisant de cette substance est loin d’être
prouvé en l’état actuel des connaissances.
En pratique:
Pour élever le contenu intramusculaire en créatine, le protocole de
supplémentation classique consiste à consommer 15g/jour en trois prises pendant
cinq jours (dose de charge) puis 1-2g/jour pendant 1-2 mois (dose d’entretien).
Pour optimiser l’absorption musculaire, il est recommandé de consommer la
créatine avec un glucide rapide (jus de fruit par exemple) et d’éviter la
caféine au même moment. La supplémentation en créatine présente un intérêt
limité pour le triathlète.
La caféine
Utilisée par les hommes depuis des siècles, la caféine pourrait presque être
classée parmi les nutriments puisqu’on la retrouve dans de nombreux produits de
consommation courante (café, cacao, thé, sodas). Sur le plan pharmacologique,
cette molécule alcaloïde a des effets thérapeutiques à forte dose (soin pour
les migraines, tonifiant cardiaque). L’utilisation de la caféine dans un cadre
sportif présente plusieurs intérêts puisque la caféine permettrait de
:
- - stimuler le système nerveux. De par ses effets stimulants, la caféine contribue à libérer de l’adrénaline (hormone de l’effort), facilitant la dégradation du glycogène musculaire
- - améliorer l'absorption du glucose. En agissant sur la muqueuse intestinale, la caféine permettrait d’absorber plus de glucose exogène durant l’effort, évitant ainsi toute baisse la glycémie intempestive.
- - retarder l’apparition de la fatigue neuro-musculaire, qui apparaît tôt ou tard lors d'un effort d'endurance. Cette action permet aux muscles de continuer à fonctionner à plein régime pendant une durée plus longue.
- - améliorer la vigilance. On peut donc fortement supposer que la caféine permet une meilleure concentration et un prélèvement de l’information plus efficace. Dans des disciplines techniques comme la descente, le trial, voir le XC, la caféine peut donc apporter un plus.
- - modifier la perception de l'effort. Après ingestion de caféine, l’effort
est perçu comme moins difficile.
Malgré tout, la consommation de compléments enrichis en caféine peut avoir
certains effets négatifs. Le premier réside dans l’effet diurétique de la
caféine : l’excrétion urinaire étant augmentée, le risque de
déshydratation peut être accru en cas de mauvaise hydratation (avec toutes les
conséquences que cela peut engendrer : crampes, coup de chaleur, etc).
Pour ceux qui ne consomment jamais de complément enrichis en caféine, le risque
de subir une stimulation sympathomimétique excessive est important (en clair
subir un stress supplémentaire). Dans un tel cas de figure, le sportif risque
d’être sujet à des nausées, vertiges, tachycardie, etc. Pour limiter l’ampleur
de ces effets négatifs, il convient donc de tester la molécule à l’entraînement
(dose de caféine, timing d’absorption), avant de le reproduire éventuellement
sur une compétition de préparation.
À ce jour, la caféine n’est plus considérée comme un produit dopant, même
consommée à forte dose.
En pratique
Les effets consécutifs à la prise de caféine peuvent être très variables selon
les individus. Par conséquent, mieux vaut suivre les conseils
suivants :
- - tester la procédure à l’entraînement ou sur une compétition mineure pour voir comment répond l’organisme.
- - absorber un « expresso » 30 minutes à 1 heure avant le début de l’effort.
- - consommer à intervalles réguliers durant l’effort des compléments caféinés (gels à la caféine, au guarana, ou au maté) en se limitant à une dose maximale de 5 mg/kg de poids corporel, pour éviter que les effets négatifs ne prennent le dessus sur les effets positifs.
- - s’hydrater encore plus régulièrement pour éviter une déshydratation marquée.
Conclusion
Il faut garder en mémoire que, même si les hommes ont toujours cherché à
augmenter leurs performances en consommant des aliments aux vertus censées être
positives, le recours aux compléments ne doit logiquement être envisagé qu’en
menant en parallèle un travail sur l’équilibre nutritionnel.
En outre, même si les compléments ergogènes ne sont pas considérés comme des
produits dopants au sens strict du terme, leur consommation peut placer le
sportif à la frontière du dopage. Le fait de devoir recourir systématiquement à
des compléments dans sa préparation (et ne plus pouvoir s’en passer sous peine
de perdre ses moyens) peut être assimilé à une « conduite dopante ». Les
compléments restent donc réservés aux athlètes accomplis et ne s’adressent donc
pas aux triathlètes jeunes ou débutants.
Attention à la qualité
En cas de recours aux compléments nutritionnels, la plus grande vigilance est
de rigueur concernant la pureté des produits consommés, en particulier en ce
qui concerne les compléments à base d’acides aminés (créatine, acides aminés)
ou de plantes. La législation en matière de sécurité alimentaire est des plus
souples dans certains pays (Usa, Italie...). Il n’est pas rare de trouver des
substances interdites (anabolisants) ou dangereuses (métaux lourds, substances
toxiques) dans les produits achetés à l’étranger. Il est donc fortement
conseillé de ne recourir qu’à des produits de marques réputées, lesquelles
procèdent normalement à des contrôles strictes en matière de qualité.
