Les hormones sont fondamentales pour votre corps. Leur sécrétion est
influencée par l'alimentation. C'est particulièrement vrai chez les sportifs.
Explications.
Par Jean-Baptiste Wiroth *
Les hormones ont comme fonction d'être un chimique visant à modifier
spécifiquement le fonctionnement de l’organisme. Elles jouent donc un rôle
fondamental dans le processus d’adaptation à court terme (pendant l’effort), et
à long terme (effets de l’entraînement). Elles ont des effets physiologiques
très puissants. Cela explique notamment que leur usage soit parfois détourné à
des fins de dopage. Bien que les sécrétions soient fortement influencées par la
génétique, toutes nos activités ont un impact plus ou moins important sur la
production hormonale. Chez le sportif, l’entraînement et la nutrition sont deux
facteurs qui ont une forte influence sur les réponses hormonales.
Physiologie hormonale
Les hormones sont principalement sécrétées par des glandes, à partir du
cholestérol (hormones stéroïdiennes : testostérone, progestérone,
cortisol…), ou d’un acide aminé, la tyrosine, (adrénaline, noradrénaline…) ou
de plusieurs acides aminés (insuline…). Elles sont libérées dans la circulation
sanguine pour exercer leur action selon le moment de la journée ou les besoins.
A l’issue de leur cheminement dans le réseau sanguin, elles se fixent sur des
récepteurs, généralement situés à la surface des cellules des organes cibles.
L’adrénaline par exemple est sécrétée par les glandes surrénales et stimule en
bout de chaîne le muscle cardiaque (entre-autres).
Influence du sport et de la nutrition
Bien qu’il existe de très nombreuses hormones ayant des rôles particulièrement
différents mais tout aussi importants, certaines d’entres-elles sont
particulièrement impliquées dans les processus d’adaptation induits par la
pratique d’un entraînement régulier. Et parmi ces hormones, quelques-unes sont
fortement influencées par l’alimentation. Quand on parle de nutrition et de
réponses hormonales, la principale hormone est l’insuline. Son rôle principal
est de faire baisser la glycémie lorsque celle-ci s’élève suite à une prise
alimentaire. Dans cette situation, l’insuline sécrétée par le pancréas est
libérée dans le sang et se fixe sur les récepteurs des organes cibles (cellules
du foie, des muscles, du tissu adipeux). Au niveau du foie et des muscles,
l’insuline favorise le stockage du glucose sous forme de glycogène et stimule
la synthèse musculaire. C’est donc une hormone extrêmement importante en phase
de récupération post-effort. Par contre, lorsque les réserves glycogéniques
sont déjà constituées, le glucose en circulation dans le sang est stocké sous
forme de graisses dans le tissu adipeux.
En pratique
Il faut donc éviter de consommer des sucres rapides hors des phases
d’entraînement ou de récupération. En effet, les variations de glycémie
sollicitent de manière excessive le pancréas et contribuent l’augmentation de
la masse grasse. En situation d’effort, en particulier s’il est intense, la
sécrétion d’insuline diminue fortement chez la plupart des athlètes pour
limiter le processus de mise en réserve. Cependant, chez certains sportifs, la
réponse insulinique suite à une absorption de glucides (boisson énergétique,
gels, barres) peut être excessive. Ce phénomène se traduit par des
hypoglycémies réactionnelles qui s’avèrent extrêmement gênantes pendant
l’effort. Si l’on est sujet à ce type de problème, il faut privilégier les
aliments de l’effort riches en fructose, sucre présentant un faible index
glycémique.
L’hormone antagoniste à l’insuline est le glucagon. Les hormones du stress
(adrénaline, noradrénaline et cortisol) facilitent elles aussi la
glycogénolyse, phénomène qui se traduit par une libération de glucose dans le
sang. Catécholamines et cortisol ne sont normalement pas sécrétées au repos,
sauf en cas de stress psychologique important. Par contre, leurs taux s’élèvent
fortement en situation d’effort, permettant ainsi l’organisme à mobiliser
toutes ses ressources.
En pratique
Le cortisol est l’hormone du stress par excellence puisque outre son rôle
hyperglycémiant, elle a un rôle anti-inflammatoire et accroît la mobilisation
des acides gras libres. Néanmoins, elle s’accompagne d’effets secondaires tels
que la dégradation des protéines ou la baisse des défenses immunitaires.
L’approvisionnement énergétique (sous forme de boisson, de gels ou de barres)
pendant l’effort de longue durée contribue à limiter l’élévation de cortisol,
limitant ainsi les effets secondaires.
L’hormone de croissance joue un rôle essentiel dans la croissance des
cellules corporelles en favorisant la pénétration des acides aminés dans les
cellules et leur transformation en protéines. Ce métabolisme est
particulièrement important pour assimiler la charge d’entraînement et
développer une musculature en adéquation avec les besoins du triathlon. Bien
que le mécanisme de régulation de la sécrétion de l’hormone de croissance soit
extrêmement complexe, certains stimulis favorisent le processus : les
acides aminés en circulation dans le sang, le sommeil paradoxal, l’exercice
physique intense, l’insuline, etc.
En pratique
Immédiatement après une séance d’entraînement, la consommation d’une ration
riche en protéines et en glucides favorise la libération d’insuline dans un
premier temps puis d’hormone de croissance dans un second temps. La
consommation d’un mélange glucides/protéines (bol de céréales + lait par
exemple) avant le sommeil contribue à optimiser les phases de sommeil
paradoxal, favorisant ainsi la sécrétion d’hormone de croissance.
Autre hormone anabolisante, la testostérone est l’hormone responsable du
développement et du maintien des caractères sexuels secondaires masculins
(masse musculaire, pilosité…). Etant conçue à partir du cholestérol, au niveau
des testicules chez les hommes et au niveau des ovaires chez les femmes (en
très faible quantité dans ce dernier cas), il est indispensable de maintenir
des apports équilibrés en acides gras pour favoriser la sécrétion de
testostérone.
Pour boucler notre tour d’horizon des hormones ayant un lien avec la nutrition,
la leptine et la grhéline ont des rôles majeurs dans la régulation de
l’appétit. Bien qu’encore mal connues, on sait que la leptine est sécrétée au
niveau des adipocytes (cellules graisseuses) tandis que la grhéline est
sécrétée par l’estomac. Leurs sécrétions influencent le comportement
alimentaire au niveau cérébral, en particulier dans certaines situations
pathologiques (anorexie, obésité). A notre connaissance, ces hormones n’ont pas
encore fait l’objet d’études chez le triathlète.
- Jean-Baptiste Wiroth est docteur en science du mouvement humain, spécialiste en nutrition sportive. Retrouvez-le sur : www.wts.fr
Conseils pratiques:
- Evitez les régimes trop restrictifs, en particulier en protéines et en
lipides, ces derniers apportant les éléments servant à la fabrication des
hormones. Cette recommandation est d’autant plus importante que la charge
d’entraînement est élevée.
- Consommez une boisson énergétique lors de chaque séance d’entraînement
intensive pour éviter une élévation trop prononcée du cortisol.
- Prévoyez une collation protéino-glucidique immédiatement après chaque
effort pour favoriser la libération de l’insuline et de l’hormone de croissance
:
50% protéines / 50% glucides après une séance de musculation
80% glucides / 20% protéines après une séance d’endurance
- Maintenez un niveau d’hydratation quotidien optimal pour optimiser le
processus hormonal de synthèse protéique
- Ne négligez surtout pas le volume et la qualité du sommeil, moments
propices à la libération de l’hormone de croissance
